Bibliographie : A.-R. Layssa ou E.-L. Loayssa?

Publié par Fabrice Mundzik

A.-R. Layssa est un pseudonyme attribué à Renée Dunan.

L'information est donnée dans l'Annuaire international des lettres et des arts de 1922.

Proposé par Jean Azaïs, cet annuaire était composé de notices envoyées par les auteurs eux-mêmes.

Seul souci... ce nom de plume est introuvable !

Ce n'est pas faute d'avoir cherché dans les nombreux journaux et revues auxquels Renée Dunan a collaboré jusqu'en 1922.

Rien dans les différents annuaires, rien dans les autres organes de presse qui annonçaient les publications de leurs confrères, rien sur internet (Gallica et cie), rien...

A.-R. Layssa n'apparaît nulle part...

En détaillant attentivement la revue Floréal, dans laquelle Renée Dunan a publié, sous de nombreux pseudonymes entre 1920 et 1922, un article a attiré mon attention.

Il s'agit d'un long article de 2 pages, intitulé "Erasme", qui fut publié dans Floréal n°43 du 22 octobre 1921.

Le sous-titre de "Erasme" est : "Un des fondateurs de la Renaissance, érudit, libertaire, apôtre de la tolérance et libre-penseur".

La signature ? E.-L. Loayssa...

Bibliographie : A.-R. Layssa ou E.-L. Loayssa ?

Bibliographie : A.-R. Layssa ou E.-L. Loayssa ?

Un nom qui n'apparaît qu'une seule fois dans les pages de Floréal et que je n'ai, à ce jour, jamais retrouvé ailleurs.

La possibilité d'une erreur dans la retranscription de E.-L. Loayssa, devenu A.-R. Layssa (ou l'inverse !), n'est pas à écarter (l'écriture de Renée Dunan n'est pas toujours évidente à déchiffrer...).

Lisons plus attentivement cet article, dont voici quelques extraits :

C'est une étrange figure que cette de cet étonnant génie connu sous le nom d'Erasme. Entre tant de personnages secondaires qui sont renommés et classiques parce que leur action intellectuelle se mélangea de religion et de politique, celui-ci, qui les domine tous, garde un air lointain et hostile aux pédants d'Université.

[...]

La gloire d'Erasme, immense dans les milieux de culture complexe, n'est-elle jamais devenue effective chez les faiseurs de manuels. Nombre d'étudiants qui n'ignorent point tels ou tels médiocres écrivains ou plats penseurs du XVIe siècle, ne sauraient rien avouer touchant l'auteur des Colloques.

[...]

Ce fut un esprit libre, en toute la puissance de ce mot décrié ; ce fut un audacieux qui ne provoqua point le martyre, sachant bien que cela ne servirait à rien en un temps où l'enthousiasme des gens était plus porté vers le gain que vers l'idée (tout comme en 1921).

[...]

Il est vrai que la vie est riche de surprises et que le plus révolutionnaire s'avise parfois d'être le plus rétrograde, ce qui, au demeurant, n'est pas un compliment aux plus rétrogrades de notre époque, parmi lesquels je ne sais aucun Erasme.

[...]

Il attaque et détruit les préjugés courants, on l'accuse des pires crimes, car si l'on prétend qu'un homme soit hérétique, c'est pour certifier surtout qu'il est capable de tous actes de bandit. Alors il s'en va ailleurs. Une immense correspondance le tient en relations avec tous les érudits, tous les esprits libres et tous les puissants que son amitié honorait. Il sait qu'ici ou là il sera bien accueilli.

[...]

Il revint à Paris et passa, fuyant la peste, à Londres, où il fut reçu avec honneur. Erasme était déjà un latiniste renommé. Londres était alors un centre d'études latines fort ardent. Elles ont laissé dans l'histoire des humanités une traoe moins flamboyante que celle des Estienne, de Budé, des Lipse, des Amerbach, des Froben et des érudits italiens, fort savants, plus artistes, mais moins laborieux que Les hommes du Nord et qui ont donné moins d'oeuvres marquantes.

[...]

Erasme est alors au sommet de la gloire. Il se voit offrir des postes innombrables partout. Il se méfie de tant d'esclavages dorés et refuse tout pour s'en aller à Bâle, dans l'amitié de ces imprimeurs érudits réunis autour des Amerbach, dont Albert Durer nous a laissé le portrait.

[...]

Il correspond avec le Pape, tente d'éviter la rupture entre Luther et l'Eglise, subit de violentes attaques de Ulrich de Hutten, l'auteur de ces « Lettres de personnages obscurs », écrites volontairement en latin de cuisine et dont une traduction inédite a été trouvée dans les manuscrits de Laurent Tailhade.

[...]

Ainsi vécut et passa l'un de ceux auxquels les contemporains doivent de disposer des trésors de la littérature ancienne et de quelques pensées libres.

Sont cités dans cet article : Etienne Dolet, Platon, Rabelais, Lord Montjoie, Thomas More, Estienne, Budé, Lipse, Amerbach, Froben, Albert Durer, Luther, Laurent Tailhade...

Difficile de ne pas faire de rapprochement, tant le style d'écriture et le ton sont proches !

Les connaissances de E.-L. Loayssa démontrent aussi de vastes connaissances, similaires à celle de Renée Dunan (auteurs cités, Histoire, etc...).

Comme nous l'avons déjà dit, E.-L. Loayssa n'apparaît qu'une seule fois dans Floréal, à la même époque que Renée Dunan.

Elle utilisa dans cette revue plusieurs alias — Chiquita, Ethel Mac Singh, Laure Héon, Léa Saint-Didier, Luce Borromée —, ainsi que (fort probablement) Lucy Hall : Lucy Hall, un pseudonyme inconnu de Renée Dunan ?

Tout comme pour Lucy Hall, je ne peux le prouver, sans doute possible, mais je suis persuadé que E.-L. Loayssa est un des nombreux pseudonymes utilisés par Renée Dunan.

D'autant plus que... Loayssa est le nom d'un personnage, "la mime, la femme serpent", qui apparaît dans le roman de Renée Dunan : La Triple caresse ! (ajout du 12/10/2015 : De nouvelles infos sur le pseudonyme A.-R. Layssa / E.-L. Loayssa)

Donc, à moins que de nouvelles informations viennent prouver l'existence réelle de E.-L. Loayssa, j'ajoute ce nom dans la liste des pseudonymes "sous réserve".

Bibliographie : A.-R. Layssa ou E.-L. Loayssa ?

Bibliographie : A.-R. Layssa ou E.-L. Loayssa ?

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