Bibliographie : Louise Dormienne

Publié par Fabrice Mundzik

Une sorte de brouillard enveloppe le pseudonyme « Louise Dormienne », le doute subsiste...

Selon Claudine Brécourt-Villars, « Renée Dunan serait aussi l'auteur d'un texte clandestin : Les Caprices du Sexe ou les audaces érotiques de mademoiselle Louise de B..., qu'elle aurait écrit sous le nom Louise Dormienne. »

Jean-Jacques Pauvert écrit qu'une « rumeur insistante, et Pascal Pia, attribuent sans doute possible le roman à Renée Dunan, ce qui paraît à peu près avéré. »

Inutile de tergiverser, je l'ai déjà confirmé dans « Je suis seule au monde de mon avis, ce qui est loin au demeurant de me donner tort… », préface de Renée Dunan "Le Roman de la fin des Hommes" (Les Moutons électriques - 2015) : Louise Dormienne est bien un pseudonyme utilisé par Renée Dunan.

Pascal Pia a d'ailleurs écrit dans Les Livres de l'Enfer :

« L'auteur, dissimulé sous le pseudonyme de Louise Dormienne, était une femme de lettre assez connue entre les deux guerres mondiales, Mme Renée Dunan. Les gravures qui l'illustrent sont de Viset, pseudonyme du graveur belge Luc Lafnet. L'édition a été imprimée et publiée en 1928 par Maurice Duflou. »

Mais il n'apporte aucune preuve et, de surcroît, cette information est incomplète : il s'agit bien d'un des nombreux noms de plume de Renée Dunan, mais...

Commençons par le commencement : comment prouver, sans doute possible, qu'il s'agit bien de Renée Dunan ?

La réponse se trouve dans la correspondance échangée entre Eugène Humbert et Renée Dunan,conservée par The International Institute of Social History (IISH), Pays-Bas.

Lettre autographe signée du 4 février 1929 :

« Je n'ai reçu de M. D. [Maurice Duflou] que 6 exemplaires du livre dont il s'agit. J'en avais promis douze. J'en ai donné quatre, un à l'Enfer de la Nationale et un à moi. Je n'en ai plus à cette heure. On me le demande de divers côté où j'ai eu l'imprudence de le promettre, et je vais être obligée d'en acheter. Ce n'est pas absolument drôle, mais je n'ai pas d'autre route à prendre. Quand j'en aurai donc, je vous ferais signe de passer chez moi pour en prendre un. »

Lettre autographe signée du 20 avril 1929 :

« Touchant l'histoire publiée par D. [Duflou], elle était fort bien écrite, imprimée excellemment et illustrée avec goût par un grand artiste. »

Elle évoque ce texte à plusieurs reprises ; aucun doute possible, Renée Dunan est bien l'auteur du texte.

Pourquoi donc avoir émis une réserve, un peu plus haut, sur son appartenance ?

La réponse se trouve, là aussi, dans cette même correspondance avec Eugène Humbert.

Lettre autographe signée du 4 février 1929 :

« à cette heure, un peu en froid avec M. D. [Maurice Duflou], qui fit corriger le livre par je ne sais quel imbécile, je n'ai pas encore fait la démarche pour récupérer les exemplaires. »

Lettre autographe signée du 20 avril 1929 :

« on ne touche pas à un texte lettré, on ne lui fait pas plus de corrections (idiotes) qu'un marchand de vin ne vide une bouteille de Château-Margaux pour y mettre une vinasse de son gré et la vendre encore sous l'étiquette. »

Bibliographie : Louise Dormienne

Bibliographie : Louise Dormienne

Jean-Jacques Pauvert, dans sa préface à "Les Caprices du sexe ou Les audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B…", publié en 2000 chez La  Musardine, apporte quelques précisions :

Dans ses souvenirs, Alexandrian rapporte que Maurice Duflou lui avait confié sa déception devant le premier manuscrit du roman, tel qu’il lui avait été apporté : « Il y avait des pages entières sur la syphilis : vous vous rendez compte, tout un cours médical là-dessus dans un roman érotique ! Aucun amateur n’en aurait voulu. Je lui ai fait couper ce passage illico ».

Ces informations expliquent pourquoi Renée Dunan n'a pas reconnu officiellement "Les Caprices du Sexe ou les audaces érotiques de mademoiselle Louise de B..." : non seulement l'éditeur lui a demandé de faire des coupes dans son roman, mais il a aussi fait réécrire en partie le texte, sans son accord, « par je ne sais quel imbécile. »

D'où mon bémol : cette version du roman, publiée sous le nom Louise Dormienne, est bien de Renée Dunan, mais aussi de... X (homme ou femme de Lettres, dont le nom est passé sous silence).

Seul le manuscrit original de la première version est uniquement de la main de Renée Dunan ; ce n'est pas le cas de la version éditée — la seule connue à ce jour — qui fut, de fait, écrite à 4 mains !

La remarque de Maurice Duflou, à propos « des pages entières sur la syphilis », de ce « cours médical [...] dans un roman érotique ! » me fait penser à un document mis en vente le 15 décembre 2012, lors d'une vente aux enchères :

162 Lot N° 162. MANUSCRIT autographe non signé, de 5 pages in-4°, très lisible « Ad usum Régina Dunani » (à l'usage de Renée Dunan). Curieuses notes descriptives sur différentes maladies et malformations, parfois monstrueuses, rencontrées par l'auteur, médecin, dans les colonies.

Notons enfin que le nom complet de Louise de B... est Louise de Bescé.

Un des personnages de "La Querelle des sexes - Essai sur la supériorité féminine en toutes les activités humaines", manuscrit inédit de Renée Dunan conservé à la Bibliothèque Marguerite Durand, se nomme Jeanne... de Bescé !

Bibliographie (non exhaustive) :

  1. 1928 - Maurice Duflou
  2. 1929 - Maurice Duflou
  3. 1947 - ??? (sous le titre "Les Audaces amoureuses de Mlle de B...")
  4. 1985 - Curiosa
  5. 1985 - in Fascination : le musée secret de l’érotisme [Extraits]
  6. 1994 - Le Grand livre du mois
  7. 2000 - La Musardine
  8. 2007 - Paleo (sous le nom Renée Dunan)
  9. 2015 - La Bourdonnaye

Claudine Brécourt-Villars précise que « cet ouvrage publié deux année de suite, en 1928 et 1929, ne sera toutefois poursuivi et condamné à la destruction que lors de sa réimpression, dans les années 1950. »

Dans Les Livres de l'Enfer, Pascal Pia indique que « Des poursuite motivées par la réimpression de cet ouvrage ont amené la 10e chambre du tribunal correctionnel de la Seine à en ordonner la destruction par trois jugements prononcés entre avril 1950 et mai 1954 et qui ont tous été confirmés par la cour d'appel de Paris (20 juin 1951, 26 juillet 1952 et 7 juin 1955). » [Merci à Bertrand Hugonnard-Roche pour cette précision].

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