Les 365 confidences contemporaines recueillies par Jean-Bernard : Renée Dunan (1926)

Publié le par Fabrice Mundzik

Avis aux lecteurs/lectrices de ce blog :

Faute de temps, je ne peux plus mettre en ligne les documents et informations à ma disposition de manière aussi régulière que par le passé...

Néanmoins, si vous avez une demande précise, n'hésitez pas à me contacter.

À la demande de Catherine Gravet : enquête publiée dans La Lanterne du 21 juin 1926, reprise dans Le Rappel, le même jour.

Texte d'origine conservé : coquilles (nombreuses !), erreurs dans les titres, etc.

Les 365 confidences contemporaines

recueillies par JEAN-BERNARD

(145e Confidence)

Renée Dunan

Née en Provence à la fin du siècle dernier, d'une famille de négociants. Elle vint à Paris en 1912 et fut employée de banque ; elle rédigea ces brochures faisant appel aux souscripteurs d'actions. Après avoir collaboré à divers journaux, elle publia plusieurs livres osés, comme sujet et comme expression, notamment : La Triple Caresse, La Culotte de jersey de soie et Le Prix Lacombine, qui sont d'un réalisme brutal, cru et voulu.

PENSÉE INÉDITE

Il me semble qu'à condition de l'alourdir d'un peu de mélancolie, du sens de toutes relativités, d'un rien d'égoïsme nécessaire, et de la connaissance réelle de toutes inanités terrestres, nulle devise ne sonne aussi profondément que celle du Temple de Delphes : « Connais-toi toi-même ». Renée DUNAN

Recommencer sa vie, cher monsieur ! À cette seule formule, toutes les métaphysiques accourent comme les diables après une évocation. D'Héraclite à Einstein, tous les glossateurs de la durée, irréversible ou pas, Spartiate ou non, isotrope, tapologique ou discontinue, se mettent à danser en rond autour de l'imprudent. En vérité, le lièvre que vous levez est un « éléphas primigenias »...

Je réduis le problème à des dimensions portatives et conçois ainsi une réponse raisonnable, s'il en est ici :

Notre passé à tous est le résultat de contingences pour une part majeure. Il en fut de plaisantes et d'autres malheureuses, soit absolument, soit relativement, à nos dispositions. La façon dont nous avons accueilli tout cela constitue ce que je nommerai notre indice de félicité. Négatif chez les uns, positif chez les autres et de valeur variable. Si je garde cet indice qui est, en somme, une disposition intellectuelle, et, chez moi, une tendance philosophique pessimiste et matérialiste, j'affronterai sans peur un nouveau curriculum vitæ, quoique, à dire vrai, par le jeu des moyennes mathématiques, j'estime avoir plus de chances, en ce cas, vers le malheur. Mais dépouillée de ma philosophie, je ne m'y risquerais pas, étant assurée que les huit dixièmes de l'humanité sont plus malheureux que je ne fus. Quant à la richesse en ciels, en événements, en caprices du destin, je tiens ma vie pour hors concours.

Tout essai nouveau serait certainement plus pauvre. Renée DUNAN.

ANECDOTE

Je ne sais point les inventer et la plupart de celle qui me restent à l'esprit en très coloré, ont un caractère insuffisamment policé. Mais voici ce qui m'advint naguère : la pluis m'avait chassée dans un café où je fus assise près d'un homme accompagné qui feuilletait un mien livre. Il ne me connaissait point et pendant un quart d'heure me couvrit de tous les outrages permis par la langue verte. Le surlendemain, il publiait un article me couvrant d'éloges. Toutes les sincérités littéraires me parurent synthétisées ici.

À lire aussi :

Gabriel Reuillard "Renée Dunan" (1924)

Les 365 confidences contemporaines recueillies par Jean-Bernard : Renée Dunan (1926)

Les 365 confidences contemporaines recueillies par Jean-Bernard : Renée Dunan (1926)

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article