Patrick Bergeron "Renée Dunan : Le roman de l'aventurière ou l'aventurière du roman" (2014)

Publié le par Fabrice Mundzik

"Romans exhumés (1910-1960)", sous titré "Contribution à l'histoire littéraire du vingtième siècle", fut publié en 2014, sous la direction de Bruno Curatolo, François Ouellet et Paul Renard, par les éditions universitaires de Dijon.

Présentation par l'éditeur :

"Le présent ouvrage s’intéresse à des romanciers de la période 1910-1960 qui n’ont pas été réédités ou sinon très discrètement, et ce, quel que soit le succès rencontré de leur vivant.

Son objectif est de contribuer à une histoire du roman au XXe siècle mais en marge des grands courants, par plaisir de la découverte, par désir de faire partager une rareté, par envie de révéler ces « pierres précieuses » qui, selon Henri Calet, « ne donnent leur plus vif éclat que dans une lumière noire ».

Même si la singularité de chaque écrivain évoqué décourage le classement en subdivisions thématiques, voire esthétiques, il n’est pas impossible de trouver des points communs entre quelques-uns d’entre eux, que ce soit l’expérience personnelle, l’exploration du vaste monde ou des passions intimes, le militantisme ou l’expression d’une identité régionale.

De manière individuelle ou collective, ils méritent tous d’être relus."

En voici le sommaire :

Bruno Curatolo, François Ouellet & Paul Renard - Avant-propos

Clément Dessy - Claude Anet, de l'esthète fin-de-siècle au romancier-reporter

Caroline Juliot - Maurice Magre ou la vie est un songe

Hélène Baty-Delalande - Schlumberger romancier, ou l'austérité de l'épure

Alexis Buffet - Luc Durtain à la conquête du monde

Véronique Trottier - La banale tragédie de la misère anonyme chez Antonine Coullet-Tessier

Patrick Bergeron - Renée Dunan. Le roman de l'aventurière ou l'aventurière du roman

Raymond Huard - Jeanne Galzy, exploratrice des passions féminines

Pierre Lecœur - Fernand Fleuret l'introuvable

Philippe Blondeau - Jean Rogissart ou le roman de l'Ardenne

Patrick Guay - Un bacille dans le bouillon : les expériences littéraires de Jacques Spitz

Paul Renard - Léon Bopp, romancier de la totalité

Michel P. Schmitt - Jean Vaudal : romancier, critique, patriote

Fanny Dechanet-Platz - Jean Proal et son œuvre romanesque face aux éditeurs

François Ouellet - René Laporte, rêveur lucide

Denis Pernot - Les heures qui restent de Boris Schreiber : ratage et oubli

Bruno Curatolo - Léon Aréga, sans aucune trace, ou presque

"Les textes composant le présent ouvrage sont issus d'un colloque intitulé « Relire les romanciers méconnus du XXe siècle », qui s'est déroulé à l'Université Charles-de-Gaulle-Lille 3 les 13 et 14 octobre 2011, organisé conjointement par le Centre Roman 20-50 (Lille 3), la Chaire de recherche du Canada sur le roman moderne (UQAC) et le Centre Jacques-Petit (Université de Franche-Comté)."

Patrick Bergeron "Renée Dunan : Le roman de l'aventurière ou l'aventurière du roman" (2014)Patrick Bergeron "Renée Dunan : Le roman de l'aventurière ou l'aventurière du roman" (2014)

Patrick Bergeron "Renée Dunan : Le roman de l'aventurière ou l'aventurière du roman" (2014)

Même si l'ensemble des dossiers publiés dans cet ouvrage sont à la fois passionnants et très intéressants, le but de ce blog est d'évoquer Renée Dunan : seul le travail de Patrick Bergeron sera donc détaillé.

Soulignons tout de même que Patrick Guay, dans "Un bacille dans le bouillon : les expériences littéraires de Jacques Spitz", parle de... Jacques Spitz (logique, vu le titre !). Un auteur que l'on retrouve mis en scène, aux côtés de Renée Dunan, dans "La Brigade Chimérique". A ce sujet, lire : Serge Lehman, Fabrice Colin & Gess "La Brigade chimérique" (L'Atalante - 2009).

Je vais évacuer de suite la remarque sur les pseudonymes utilisés par Renée Dunan : la liste proposée dans ce dossier est incomplète et contient quelques erreurs d'attribution. Ce point a déjà été évoqué dans : Patrick Bergeron "Renée Dunan (1892-1936 ?)" (2011).

Le dossier signé Patrick Bergeron s'intitule "Renée Dunan. Le roman de l'aventurière ou l'aventurière du roman". Il a choisi une nouvelle approche, celle des traductions. En l'occurence, il s'agit de l'édition de "Baal" suivi de "The Devil's lovers", publié aux Etats-Unis chez Black Coat Press, en 2011. Une édition reprise en français chez Baskerville, collection dirigée par Jean-Daniel Brèque.

Il cite les éditions Edgar Malfère et Louis Querelle, chez qui furent publiés ces deux textes, ainsi que Théo Varlet, dont la correspondance avec Renée Dunan est parfois assez cocasse (mais ceci est un autre sujet, nous en reparlerons bientôt), et J.-H. Rosny aîné.

Le travail de traduction et de redécouverte, mené par Brian Stableford aux éditions Black Coat Press, est salué. Il le mérite, en effet, amplement : Alphonse Allais, Albert Robida, Paul Féval, Paul d'Ivoi, André Caroff, Victor Margueritte, Jules Lermina, Maurice Renard, André Couvreur, Théo Varlet, André Lichtenberger, Jean Richepin, Edmond Haraucourt, Gustave Le Rouge, Jean de La Hire, Ernest Pérochon, Félicien Champsaur, Han Ryner, Félicien Champsaur, Louise Michel, Judith Gautier, Marcel Rouff, Gaston de Pawlowski, Fernand Kolney, Louis Boussenard, Jules Claretie, Charles Derennes, Gaston Leroux, Villiers de L'Isle-Adam, Gustave Kahn, Joseph Méry, Georges Pellerin, J.-H. Rosny aîné...

Comment dire...? Impressionnant ? Oui, mais ceci reste encore un doux euphémisme, car cette liste n'est absolument pas complète !

La position de Brian Stableford, à propos de Renée Dunan, a le mérite d'être claire :

There is, in sum, no good reason to suppose that Renée Dunan was anyone but who she said she was, and the probability is that her seeming near-invisibility was the result of discretion rather than non existence.

Je ne peux que rejoindre cette opinion, ayant moi-même écrit dans « Je suis seule au monde de mon avis, ce qui est loin au demeurant de me donner tort… », la préface de Renée Dunan "Le Roman de la fin des Hommes" (Les Moutons électriques - 2015) :

Il faut savoir reconnaître que nous ne possédons que peu d’informations fiables sur Renée Dunan et qu’il ne vaut mieux pas laisser son imaginaire s’emballer, afin de combler les vides, mais s’en tenir aux faits : « Il n’y a rien à gagner […] dans cette modernisation du passé. On dénature l’histoire ancienne et le présent aussi. » écrivait d'ailleurs Renée Dunan.

Patrick Bergeron s'arrête aussi sur le portrait de Renée Dunan, par Brian Stableford, et précise :

J'y ajouterais seulement, pour un portrait plus complet, une mention de sa prolificité (une cinquantaine de romans publiés dans l'entre-deux-guerres) ; une référence à son usage continu du pseudonyme, au mystère quasi complet sur sa biographie ainsi qu'à sa culture étonnamment étendue, attestée par la dissémination d'indices intertextuels dans ses oeuvres.

On ne saurait mieux dire !

Une des première choses que constate quiconque s'intéresse à la figure de Renée Dunan, c'est la rareté des traces laissées par cette écrivaine dans le champ des études littéraires.

Patrick Bergeron regrette aussi l'absence de biographie : la vie de Renée Dunan est si alambiquée, qu'il faudrait, à mon avis, encore quelques années avant de pouvoir véritablement tirer au clair les différentes zones d'ombre.

Il cite aussi les travaux de Pierre Versins ("L'Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction", ouvrage incontournable à posséder !), Ruth Hemus ("Dada's women" qui cite les textes Dada de Renée Dunan, parus dans la revue Projecteur : Renée Dunan dans Projecteur n°1 du 21 mai 1920), Claudine Brécourt-Villars ("Renée Dunan ou la femme démystifié"),  Eric Walbeck ("Cinq lettres de Renée Dunan à Maurice Verne"), Lucienne Frappier-Mazur ("Convention et subversion dans le roman érotique féminin (1799-1901)") et Michel Lacroix ("Mines d'or et fausses monnaies : échange et valeur dans les romans de la vie littéraire de Gide et Dunan").

Avant de conclure, précisons qu'aux traductions citées par Patrick Bergeron (Angleterre, Etats-Unis, Allemagne et Espagne), il faut aussi ajouter celles, moins connues, publiées en Argentine et Roumanie. A ce sujet, lire Renée Dunan : Traductions (travail en cours).

Ce dossier de Patrick Bergeron n'est qu'une approche rapide, il y aurait encore beaucoup à dire, tant le sujet est vaste. Il conviendra parfaitement aux nouveaux lecteurs, qui ne connassent pas encore Renée Dunan, les autres, risquent de rester sur leur faim.

A lire aussi :

Patrick Bergeron "Renée Dunan (1892-1936 ?)" (2011)

Patrick Bergeron "Renée Dunan : Le roman de l'aventurière ou l'aventurière du roman" (2011) [Colloque]

Patrick Bergeron "Le dernier mal : Le récit post-apocalyptique au féminin en France (Élise Gagne, Renée Dunan, Céline Minard)" (2011)

Patrick Bergeron "Renée Dunan : Le roman de l'aventurière ou l'aventurière du roman" (2014)

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