Renée Dunan "Jean Jaurès" (1921)

Publié le par Fabrice Mundzik

Ce dossier sur "Jean Jaurès", publié dans Floréal n°31 du 30 juillet 1921, est signé Renée Dunan.

Il a pour sous-titre : "L'Orateur - Le Juste - Le Philosophe".

Quelques extraits :

A l'heure où revient le souvenir tragique du grand tribun assassiné, gisant, le crâne ouvert dans une brasserie, au milieu des indifférents, des hostiles et des autres, il n'est peut-être pas sans intérêt d'évoquer cette merveilleuse intelligence et de chercher ce qui lui valut d'être considéré comme celle d'un génie. Car génie il fut.

[...]

Voilà Jaurès, philosophe et métaphysicien, raisonnant dans la politique, le droit et les données les plus fragiles d'une série de vérités transitoires. Il garde la sincérité et la volonté qui se manifestent dans sa thèse. Il raisonne net, clair et lucide.

[...]

Qui lit Jaurès (je parle des discours), est frappé par ce qu'ils contiennent de puissance éducatrice dans ce procédé Platonicien qui sculpte la vérité à petits coups, en donnant sans cesse l'objection venue à l'esprit, en l'éliminant sans fausse casuistique, en faisant sortir du raisonnement, enfin, une forme idéale semblable à l'Idée pure.

[...]

Ma comparaison de Bergson et de Jaurès met en vedette ce qu'on peut nommer les points d'émergence de la sincérité. J'ai lu parfois, d'un de ses « disciples », des réflexions prétendues spirituelles sur « le rasoir » jauressien. C'est qu'il fallait, et qu'il faut dans la vie, toujours juger sérieusement les choses graves. Nombre d'hommes en sont incapables, et l'esprit parisien veut que rien ne soit sérieux.

[...]

Dans ce pays qu'il honora par sa vie, son intelligence et la grandeur d'un destin que nul n'égala de notre temps, Jaurès devait connaître la suprême pitié, celle de voir son assassin déclaré « non coupable » par douze français choisis au hasard et représentant l'opinion publique. Aussi, Athènes avait connu ce grec qui bannissait Aristide, parce que cela lui déplaisait d'entendre sans cesse nommer Aristide : Le Juste. Et cela me fait penser à la boutade féroce et puissante de cet Américain génial qui se nommait Samuel Langhorne et se fit connaître sous le nom ironique et doublement monosyllabique de Mark Twain, semblable à l'appel des matelots sur l'Hudson. Twain disait : Rien de déplorable comme la noblesse d'âme, on a toujours l'air d'insulter autrui ou de lui donner le « mauvais exemple ».

Dans cet article, Renée Dunan évoque aussi Henri Bergson, Platon, René Gillouin, Descartes, Kant, Aristote, Aristide, Jésus, Emile Olivier, Mark Twain...

Renée Dunan "Jean Jaurès" (1921)

Renée Dunan "Jean Jaurès" (1921)

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article