Renée Dunan "Quel est le Huitième péché capital ?" (1925)

Publié le par Fabrice Mundzik

Les résultats de l'enquête de Paris-Soir sur "Quel est le Huitième péché capital ?" furent publiés courant 1925.

La réponse de Renée Dunan se trouve dans Paris-Soir n°688 du 24 août 1925.

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Renée Dunan "Quel est le Huitième péché capital ?" (1925)

M. Georges Docquois, de l'Académie de l'Humour, nous donne de ce huitième péché une pittoresque, mais inquiétante définition :

Un Huitième péché capital ?

Un huitième péché capital ?

Mais il existe ! Et c'est (n'est-il pas vrai ?)

le Désir du péché

— le désir plus coupable, et, partant, plus délicieux, que la délectation.

Georges DOCQUOIS.

la Pudeur

Telle est, du moins, ingénieusement et hardiment présentée, l'opinion de Mme Renée Dunan.

Théo Gautier fut un moraliste médiocre (par chance) et non épiscope négatif. Il n'a donc rien compris au problème des péchés capitaux, non plus qu'à la religion.

Tout d'abord, l'homme évolue peu, et dix-neuf siècles ne sont rien, devers les mutations cérébrales nécessaires pour enfanter une donnée mentale inconnue du monde antique.

A mon sens, le clavier des péchés se serait même plutôt amoindri depuis deux mille ans. Mais, supposons que l'idée de « progrès » vaille en éthique.

N'est-il pas criant que les religions, dont la base même est l'inflexibilité, ne sauraient reconnaître, puisqu'elles émanent toutes de Dieu, avoir jamais rien ignoré ? De toute clarté, une religion qui modifierait la liste de ses péchés capitaux se mettrait au rang vaudevillesque de simple « loi sur les loyers ».

Moralement parlant, toutefois, les sociétés ne sont que des machines à fabriquer en série des péchés nouveaux.

Ici, vous pourriez trouver un beau stock de fautes cardinales. Depuis ce temps, conté par James Frazer, où la morale voulait que le fils tuât son père pour diriger la famille, et se déshonorait en se dérobant à ce devoir, jusqu'à l'époque où les jeunes filles de l'aristocratie Paphienne (et non le bas peuple, indigne de ces nobles actes) devaient se prostituer annuellement dans le Temple de la Déesse, les péchés ont changé multiplement de signe et de sens.

Toutes les sociétés ont eu les leurs, généralement antinomiques, et d'autant plus « capitaux ».

Quant à moi, je hais la morale comme mère d'une tare qui dépasse l'immoralité (toujours limitée) en gravité criminelle, je veux dire l'hypocrisie. C'est dire que je me garderai bien de créer un péché capital nouveau, cela n'aurait d'autre conséquence que d'aggraver l'hypocrisie nécessaire pour paraître en le commettant, éviter le péché.

Or, je trouve cette garce de société déjà assez hypocrite comme ça...

Mais, sans doute est-ce moins à l'esprit philosophique en moi que vous vous êtes adressée qu'au romancier auquel, grâce à Tartufe, le renom de pornographe est bien acquis.

Je ne veux point à cet égard faillir à vous satisfaire en élisant comme nouveau péché capital cette vertu divaricatrice : la pudeur.

Renée DUNAN.

Bien que ce soit là une de vos ambitions, madame Renée Dunan, vous ne serez jamais dame patronesse !

Renée DAVID.

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