Renée Dunan "La misère des professions libérales" (1926)

Publié le par Fabrice Mundzik

Les résultats de la vaste enquête de Paris-Soir sur "La misère des professions libérales" furent publiés courant 1926.

Les réponses de Renée Dunan et Andrée Viollis se trouvent dans Paris-Soir n°971 du 3 juin 1926.

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Nous avons reçu de notre consœur Renée Dunan une très longue réponse. L'auteur de La Culotte en jersey de soie est trop journaliste pour ne pas accepter, avec nos excuses, les nécessités de la mise en pages.

Mlle Renée Dunan accuse l'Église des maux qui nous assaillent :

 L'Église a tiré, pour sa propagande, pour sa guerre secrète, d'immenses avantages des années 1914-19. Elle a su entretenir dans l'esprit des sots (dont certains sont sur les « marches du trône ») cette idée qu'elle seule représentant le patriotisme, pouvait représenter l'intelligence. La fin de la guerre a donc entraîné un étonnant abaissement spirituel en France. Le mépris des « professions libérales » devint alors mal, patent et officiel.

Il faut rendre cette justice à nos gouvernements qu'ils en ont été ravis. L'Église leur enlevait une belle épine du pied. Toutes professions reposant sur la recherche du vrai, sur l'exactitude absolue et sur la franchise étant devenues négligeables, le vaste édifice de mensonges créé par et pour la guerre ne craignait plus les démolisseurs. Ceux qui tentaient de trouver la vérité, ne jouissant plus d'aucun prestige, devenaient de ce chef inoffensifs.

Reprochant au Cartel de n'avoir fait aucun effort pour rendre leur dû aux « professions libérales », Mlle Renée Dunan ajoute :

Les salaires ou honoraires intellectuels sont méprisables, et d'autant plus qu'aucune garantie, aucune protection légale ne leur appartient, sauf en cas d'emploi à rémunération mensuelle fixée par contrat.

De plus, et je pourrais fournir encore ici des pièces en témoignage, il est admis dans le monde du négoce dont dépendent beaucoup d'intellectuels qu'on n'est pas tenu envers eux à la loyauté, non plus d'ailleurs qu'à l'exécution des engagements pris, si ceux-ci ne sont pas enregistrés selon les règles. Vous me demandez si, dans les « professions libérales », on peut vivre dignement avec les salaires de famine qui sont d'habitude.

Je vous répondrai que la dignité n'a pas de rapports immédiats avec la situation de fortune. Il s'agit ici d'un problème d'espèces, et le mot « dignité » a bien des sens. Au surplus, malgré la petitesse des salaires, on peut trouver par le labeur, par la recherche et utilisation des contingences favorables à gagner selon son vœu. Il reste entendu que cela réclame un autre labeur, plus exténuant et redoutable que le travail commun.

Y a-t-il des remèdes ? Je n'en vois pas.

On ne change pas par une loi un ordre de rapports d'affaires. Les milieux intellectuels ignorent la solidarité de leurs intérêts. La jalousie y règne. Les déboires d'un confère font rire les autres. Ils n'ont d'ailleurs aucune intention fraternelle. Quand ils s'unissent chacun espère tirer la couverture à soi.

D'où résultent l'impossibilité d'une pression d'ensemble sur les employeurs et la vanité de palabres sans sanctions.

Et Renée Dunan rêve d'une franc-maçonnerie intellectuelle secrète,

« touchant peu à peu tous les milieux qui vivent de l'esprit et parvenant avec le temps à disposer des moyens de contrôle ou de pression indispensables. »

Les femmes revendiquent justement l'égalité des sexes. D'aucunes, qui ne pouvaient plus attendre, se sont arrogé nos « privilèges » et, femmes de lettres, ont gâché de beau papier blanc, en amateurs.

Il en est heureusement d'autres, telles Séverine, Colette, la comtesse de Noailles. Il est, parmi nos camarades, des femmes comme Mme Andrée Viollis véritable journaliste, connaissant le métier intégralement, démontrant, au Petit Parisien, par exemple, sa valeur professionnelle. Mme Andrée Viollis participe à la défense de nos intérêts corporatifs. Elle est membre du comité de notre syndicat. C'est assez dire la confiance en laquelle nous la tenons.

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