Renée Dunan "Eli, Eli, lamma sabacthani" (1920)

Publié le par Fabrice Mundzik

"Eli, Eli, lamma sabacthani", article signé Renée Dunan, fut publié dans Floréal n°26 du 31 juillet 1920.

Quelques extraits :

Juillet regorge de soleil et les nuits ont des relents d'étuves. C'est l'Eté, en 1914. Et voici qu'une oppression nouvelle apparaît, se développe comme un mascaret, noie les âmes et angoisse les corps. C'est la guerre qui vient.

Je me souviens des journaux affolés, débordant de dépêches absurdes et véhémentes ; de la torpidité populaire devant la terrible évocation chaque jour plus nette. Je me trouvais rue Royale quand passa, dans le cliquetis de métal des cavaliers d'escorte ; la voiture où Poincaré et Viviani, masques verrouillés et inquiets, méditaient déjà, retour de Russie, les discours avec lesquels on mure l'âme du peuple.

[...]

Une si admirable loyauté débordait de Jaurès que tous hommes, près de lui, sentaient la cautèle. Est-ce ma faute à moi, s'il fut tel que son seul souvenir, la mémoire de ce masque ardent, généreux, sincère et génial fait opposition à son décor familier ?

[...]

J'avais connu tout le jour l'horreur de cette tension d'esprit qui ne veut pas s'incliner devant le mal et devant l'absurde. Le soir, je m'étais rendue quérir un peu de silence, avenue du Bois-de-Boulogne, avec un ami. Nous conversions. Les arbres bleus luisaient sous la lumière aigre.

[...]

Un camelot court, éperdument, en poussant un cri rauque : Jaurès est assassiné.

[...]

Impossible d'approcher de l'endroit où il gît. Il est mieux gardé mort que vivant. Des faces louches épient les regards, les paroles et les gestes. Nous n'avons rien à dire, je ne veux même pas aller voir plus près le cadavre de celui qui portait en lui tout le génie d'une race qu'on commence aussi à assassiner.

Dans ces critiques, Renée Dunan évoque Poincaré, Viviani, Jaurès, Gengis Khan, Marcel Martinet.

Ce document démontre clairement que Renée Dunan était déjà présente à Paris en 1914 !

Renée Dunan "Eli, Eli, lamma sabacthani" (1920)

Renée Dunan "Eli, Eli, lamma sabacthani" (1920)

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