Luce Borromée "Romain Rolland" (1920)

Publié le par Fabrice Mundzik

Le dossier sur "Romain Rolland", signé Luce Borromée, fut publié dans Floréal n°47-48 du 25 décembre 1920.

Quelques extraits :

Lorsque la guerre de 1914 éclata, Romain Rolland était un littérateur célèbre que la grande masse du public connaissait peu. Il avait réalisé ce destin étrange d'avoir écrit un roman en dix volumes, une œuvre puissante et magistrale, qui s'était peu à peu élevée aux tirages majestueux que réalisèrent seuls les romanciers dont le public populaire suivait l'œuvre. Et pourtant, Romain Rolland était resté l'écrivain d'une élite.

[...]

C'est à partir d'Au-dessus de la Mêlée que le grand public connut Romain Rolland. Son nom fut bientôt synonyme du pire, pour des centaines de journaux. Une gloire étonnante l'auréola parce que, malgré la haine publique, alimentée par le pouvoir et la presse sportulaire, il parut à bien des gens, jusque-là très guerriers, qu'un honnête homme pacifiste n'est pas en matière de vérité une donnée méprisable.

[...]

Romain Rolland eut alors le prix Nobel de littérature, prix dont le montant atteint environ trois cent mille francs et dont il répartit noblement la valeur entre diverses œuvres de guerre sans égard aux questions de patries pour suivre à la lettre la devise qui sert de titre au sixième article de Au-dessus de la Mêlée : INTER ARMA CARITAS.

[...]

Romain Rolland fut d'abord tenté par le théâtre et la musique. Il écrivit des pièces : Aèrl, Le 14 Juillet, Danton, Le Temps viendra, Les Loups, Le Triomphe de la raison. Puis ce furent des travaux savants sur les Musiciens d'autrefois et d'aujourd'hui, une Histoire de l'Opéra, une Vie de Beethoven, de Michel-Ange, de Tolstoï, un Hændel, un Essai d'esthétique sur le Théâtre nouveau. Enfin, entre temps, était commencée cette œuvre monumentale qui se nomme JEAN CHRISTOPHE et qui, comme une armure (selon son expression), le tint pendant de longues années enfermé dans son cycle.

[...]

Pour maîtriser en soi-même les instincts de la bête ancestrale, les ambitions mesquines que la société cultive héréditairement, et la passion de l'intérêt qui fait ruer les uns contre les autres les hommes assoiffés d'or ; pour conquérir à l'esprit, à l'équité, à la vérité tout ce qui grouille en nous de vil et de bas, tout ce qui sert aux pouvoirs sociaux de ressorts dans la direction des foules, Romain Rolland a donné la formule de l'individualisme pur qui se domine, se vainc et se sacrifie.

Dans cet article, Renée Dunan évoque aussi Jean Jaurès, Gerhart Hauptmann (ici, Gerhardt Hauptman), les éditions Ollendorff, L'Humanité, Zola, Daudet, Balzac, Rabelais, Victor Hugo, Voltaire, René Arcos, Frans Mazereel, P.-J. Jouve, Beethoven, Michel-Ange, Tolstoï, Hændel...

Luce Borromée est un pseudonyme reconnu par Renée Dunan.

A ce sujet, lire : Renée Dunan : Autres pseudonymes.

Luce Borromée "Romain Rolland" (1920)

Luce Borromée "Romain Rolland" (1920)

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article