Critique : Paul Reboux "Les Drapeaux" (Flammarion - 1921)

Publié le par Fabrice Mundzik

"Les Drapeaux", de Paul Reboux, fut publié chez Flammarion en 1921.

La version présentée ci-dessous est la réédition en un seul volume, imprimée en août 1925.

Un avertissement a été ajouté. En voici les premières lignes :

"Depuis la publication des Drapeaux en deux volumes, de nombreux lecteurs ont réclamé une édition d'un prix plus accessible, en un seul tome. La voici.

Il a fallut, afin de réduire l'ouvrage, supprimer quelques développements. Pour les retrouver, on n'aura qu'à se reporter à l'édition originale [...] Certaines violences d'expression ont été atténuées. A quoi bon commencer par invectiver contre les gens quand on veut les convaincre ?"

Quel est le lien avec Renée Dunan ? Une critique, très instructive, dans laquelle Renée Dunan parle de politique, de religion, de ses liens avec Paul Reboux, etc... De nombreuses informations importantes y sont divulguées !

Parue dans la rubrique Les Livres, dans Le Populaire du 28 mars 1921, la voici dans son intégralité :

"Voici une importante question : « Nuit-on à une idée en discutant ses modalités d'application et les probabilités qu'a cette idée de devenir une force active. » C'est un problème proprement social et qui ne comporte sans doute pas actuellement une solution universelle mais chacun de nous prend constamment parti. La vérité oblige à dire, pour qui tente de suivre les formes individuelles de la psychologie des foules, que le peuple français, inhabitué à raisonner selon les formes de la logique pure confond couramment la partie avec le tout, commet des pétitions de principe et se meut dans ce que les scolastiques nommaient « ignorantia elenchi » (ignorance de la question) avec un décourageant naturel. Le syllogisme, forme élémentaire du raisonnement, reste fermé à la masse, et si je n'admire pas le mode d'élection des sénateurs, par exemple, ou l'utilité sociale du commerce des gemmes précieuses, ou les raisons du choix des quatre évangiles parmi les apocryphes qui les valent bien, je suis aussitôt classée parmi les ennemis de la démocratie, les anarchistes ou les athées, sans nuances. Il faut remarquer à ce sujet avec quel art les gouvernements savent extraire de prémisses discutables une conclusion évidemment fausse mais applaudie. C'est en suivant à la lettre les méthodes vicieuses de raisonnement dont on use dans le peuple. Aussi n'est-il pas sans danger pour une idée qu'on reconnaît juste de mettre en vedette les raisons qu'on a de discuter la présentation de cette idée par autrui.

Pour cette raison, ayant sur divers points de doctrine une opinion assez différente de celles qui sont exposées dans Les Drapeaux, de Paul Reboux, sachant aussi très bien que nos critères critiques sont assez divergents pour qu'il s'incline, par exemple, devant Henri Bidou (critique notoire, au surplus) que je juge quant à moi, nul, amorphe et mucilagineux ; je crois bon de montrer une courtoise discrétion à propos des Drapeaux. La pensée qui inspire, ce livre, en effet, est la mienne, schématiquement et elle est fort bien exposée. Les documents qui sont utilisés dans les Drapeaux sont excellents, et de valeur éducative incontestable, La fable enfin de ce livre en deux volumes, parvient à rendre attachants des exposés doctrinaires assez arides, et ce n'est pas petit mérite. Reboux a vu la guerre et il a tiré de son observation des conclusions vraies qu'il faut répandre. Leur exposé d'internationalisme pacifique serait insuffisant si l'on ne montrait pas le processus psychologique qui mène un homme quelconque, l'homme de la rue, à comprendre l'absurdité des idées dont se repaît le bon peuple.

Paul Reboux a donc analysé l'évolution de son héros, Réal, comme firent Upton Sinclair et Barbusse dans la Jungle et Clarté. La prise de contact d'une telle œuvre sur la mentalité populaire peut être riche en conséquences heureuses, et pour ma part je désire fermement la diffusion abondante des Drapeaux. Un mot à Reboux, que je connais bien et, qui sait que je ne lui suis point hostile : Il ne faudrait pas, lorsqu'on a fait une œuvre de doctrine, la présenter au publie par dès procédés de publicité américaine. Un écrivain doit prendre garde de perdre sa dignité en faisant publier dans le journal où il tient déjà modestement une multitude de rubriques, son portrait accompagné d'une présentation, aux termes excessifs. Je regrette déjà de voir mon ami Martinet régner sur la littérature tout entière dans l'Humanité comme font les ambitieux vaniteux de la Faiseuse de gloire. Soyons discrets, La société moderne achète ses ennemis en leur offrant à satisfaire leur orgueil autant et plus que leur cupidité. La pratique du « gnothi seauton » socratique serait un puissant levier de transformation sociale, si cette pratique amputait les révolutionnaires, qu'ils soient à l'eau de rose ou à l'acide picrique, de tout orgueil personnel. Connais tes défauts, et ne les alimente pas par le succès. A quoi bon vouloir changer la société si l'on ne prouve pas d'abord que l'idée sur laquelle on veut bâtir la société future a déjà cette vertu de vous rendre, vous, son humble tenant, meilleur."

Le Populaire était le "journal-revue hebdomadaire de propagande socialiste et internationaliste (Parti socialiste SFIO)", selon la BNF.

Notons que Paul Reboux à préfacé "Un Chat parmi les Hommes" d'Annie de Mytho, publié par Jacques Dervyl en 1954.

Tout comme Renée Dunan, il a aussi répondu à l'enquête sur la polyandrie de Georges-Anquetil et Jane de Magny (1923), ainsi qu'à "Faut-il abolir la prostitution réglementée ?" (C.G.E.P. - 1927).

Critique : Paul Reboux "Les Drapeaux" (Flammarion - 1921)Critique : Paul Reboux "Les Drapeaux" (Flammarion - 1921)

Critique : Paul Reboux "Les Drapeaux" (Flammarion - 1921)

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